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CHEVAL FOU - (Jean-Michel Sananès)

Ou étiez-vous ?

22 Janvier 2015, 16:20pm

Publié par Cheval fou (Sananes)

Lettre aux naufrageurs
de droite, de gauche, et aux extrêmes

 

Où étiez-vous vous qui n’avez rien vu venir ?
Où étiez-vous quand les banlieues ont brûlé ?
Où étiez-vous quand des militaires et des enfants juifs se sont fait assassiner ?

Charlie vous a-t-il réveillés ?
Étaient-ils plus français ou plus républicains que d’autres ?

Où étiez-vous dans ce silence où certains, à l’extrême gauche, ne voyaient dans ces premiers meurtres que l'expression de représailles en solidarité avec les événements de Gaza et de l'intervention française en Afrique ?
Où étiez-vous dans cette indifférence où les mêmes étaient tout juste agacés par le massacre des Coptes et des Chrétiens d’Orient ?
Ou étiez-vous quand, dans une même mouvance, certains affirmaient que les Coptes et les Chrétiens d’Orient payaient les effets de la présence occidentale en Orient ?
Où étiez-vous quand le besoin de justifier l’impensable frisait l’indécence et voulait nous faire oublier que les Coptes et les Chrétiens d’Orient et même les Juifs sont les antiques habitants de l’Orient ?
Où étiez-vous quand une conscience à géométrie variable enfermait la justice et la morale dans le carcan d’idéologies asservies ?
Ne fallait-il pas alors rappeler qu’ici, en République, chaque français a des droits et des devoirs ? Qu’en France, pour quelque raison que ce soit, brûler une voiture, mettre à sac un quartier, que l’on soit Israélite, Musulman, Chrétien ou Athée, de même qu'appeler au meurtre, est un délit ? Ne pas l'affirmer, n'est-ce pas une incitation à des surenchères de violence ?
Votre silence, Messieurs les politiciens, a cautionné toutes les dérives et toutes les fractures que nous subissons.
En République, le droit ne peut exister si on le sectionne en quartiers, en ethnies, ou si l’on épargne les "élites" politiques. Les mêmes sanctions doivent s’appliquer à tous. Messieurs les politiciens, le pacte républicain, ce n’est rien d'autre que cela.  
Parce que vous l’avez oublié, vous êtes devenus les naufrageurs et les propagateurs d’une contamination qui frappe les banlieues que vous avez abandonnées.
Le mal, Messieurs les politiciens, réside dans l’incohérence de votre idéologie sociale qui nie l’existence même des problèmes au nom de la non stigmatisation et du laisser-faire, et aussi et surtout, de votre idéologie économique qui refuse de financer de vrais plans de relance dans les quartiers sensibles.

Une société qui minimise le racisme, la délinquance et ses causes, est inapte à traiter les dysfonctionnements. Le mal est pernicieux, il va du petit racisme ordinaire où un étudiant portant un nom à consonance étrangère ne trouve ni stage pour valider une année d’études ni travail à hauteur de ses qualifications. Alors même que nous devrions honorer les étudiants épousant notre culture, ces freins à l’égalité les empêchent de devenir les phares et les moteurs d’une intégration réussie. Ce système nuisible au vivre ensemble est aussi grave que la dissimulation des faits de délinquance.
La vérité, Messieurs les politiciens ne se maquille pas ! Et quand la vérité est choquante on en tire les conséquences.
À l’évidence, il vous fallait ne rien voir pour laisser la France repue se couper de la France d’en bas. En refusant de voir les problèmes, vous avez offert la France à Marine. Vos grands démagogues ont destitué l’école en hiérarchisant les morales et en plaçant la morale laïque au-dessous de la morale religieuse ! Ce faisant, en vous battant pour l’école privée et en donnant  à la France d’en haut les moyens de choisir l’école de ses enfants vous avez confirmé ce message. Alors que dans le même temps vous laissiez perdurer le naufrage de l’Éducation Nationale, le grand rêve de certains d’entre vous n’était-il pas de créer des écoles et des universités payantes pour les nantis ? Les autres, ce n’était pas votre problème.

Pourtant le problème est là ! Méthodiquement vous avez éloigné une France de l’autre, vous avez opposé les "bien lotis" de la fonction publique aux sans emplois, aux sous-payés et aux chômeurs. Vous avez morcelé et cassé la France en la scindant. Vous avez opposé la morale religieuse à la liberté des gays. Vous avez bradé les intérêts du peuple en les livrant aux dictats du grand capitalisme. Pour alléger l’impôt que devraient payer les bénéficiaires de la crise, vous avez retiré les surveillants et autres garants de l’autorité dans l’École Laïque. Et parce que la police de proximité jouait au football avec des banlieusards, vous l’avez supprimée.
Messieurs les hommes et femmes politiques, vous portez une lourde responsabilité dans la fracture française. Vous êtes la fracture républicaine qui a occasionné l’abandon de la France d’en bas. La morale égalitaire, vous ne vous en servez que lorsque ça vous arrange. Vous vous offusquez au nom de l’égalité quand on ne veut réserver l’aide qu'aux familles les plus défavorisées mais en matière de disparité de salaire, rien ne vous effraie. C’est par cet égoïsme de caste que vous avez livré les quartiers à des dealers qui se sont armés.
C’est vous qui, en abaissant le niveau de l’éducation et en abandonnant l’étude de certaines matières, dont l’Histoire, avez livré les quartiers et la culture a des fanatiques religieux, et par manque de vision ou par complaisance financière à des institutions financées par des émirats islamiques.
Mais c’est surtout en abandonnant la morale républicaine fondée sur le partage des richesses que vous avez dépossédé la France d’en bas de tout avenir.
La déréglementation dont vous avez fait une norme, celle qui permet de "marchandiser" l’homme, est une abjection. Elle est inique quand elle tend à aligner le salaire d’un travailleur européen sur le salaire mondial le plus bas sans vouloir en faire de même des loyers et autres composantes du train de vie local. Bien sûr, votre dogme de l’austérité ne s’applique qu’aux travailleurs et se garde bien de toucher les spéculateurs et les grands bénéficiaires de la crise. Qu’un homme qui travaille ne puisse pas payer son loyer, manger normalement ou se chauffer, n’est pas pour vous une question morale à considérer quand la Bourse dirige le monde ! La moralisation des profits et de l’économie, voilà ce qui vous semble être un blasphème.
Et c’est bien pour cela que vous avez laissé une économie prédatrice manger la richesse collective. La grande distribution remplace des millions de petits commerçants et leurs millions d’emplois, mais les dommages collatéraux se cotent en bourse.
L’eau, l’électricité, les sociétés pétrolières, les routes, vous les avez offertes au grand capitalisme alors que, depuis des décennies, nos anciens et nous-mêmes,  les avions payés avec notre sueur.
Le monde que vous protégez appartient à des actionnaires qui cannibalisent le monde de l’effort, et vous n'y trouvez rien de choquant.

Où est notre avenir Messieurs les naufrageurs ?

Qui peut nous représenter quand une extrême gauche sans programme utilise les problèmes inter-communautaires à des fins électorales ; quand, chez Marine, il y a papa et ses nostalgies du temps de Vichy ; quand la droite défend la mondialisation à tout va et quand les socialistes font du capitalisme à peine déguisé ?

C’est dans ce no man's land du devenir que ceux qui n’ont pas réussi, ou qui ont refusé d’acquérir notre culture, de même que ceux qui chaque jour frappent aux portes fermées de la société, décrochent d’un monde sans humanisme et se retrouvent seuls face à leur incapacité, face à une peur de l’avenir qui, comme toute peur, génère la haine.
Haine de tout ce qu’ils ne deviendront pas et, plus grave, qui les enferme dans la haine d’un futur sans perspective. C’est dans cette incapacité à se projeter dans un futur prometteur que se forge le mépris de soi et que naît une jalousie pathologique de la réussite de l’autre. C’est aussi le moteur d’une identité de destruction.
C’est la collectivisation de ce ressentiment qui, en son temps, a créé le Nazisme : Pas d’avenir, alors jalousons et haïssons ceux qui, par leur culture, s’en sortent ; devenons des surhommes, tuons et asservissons les autres.
Les racines du mal sont là et le problème est grave car c’est la première fois qu’en France, un groupe sectaire se réclamant d’une idéologie religieuse et fanatique se développe et prône le refus des principes du pays accueillant, de ses lois et de son identité. Et même si cette idéologie est minoritaire, il n’en est pas moins vrai que le danger existe. Quelques groupuscules d’extrémistes allemands aux idées similaires n’ont-ils pas fait du national-socialisme un désastre interplanétaire ?

Messieurs les politiques, comment soignerez-vous ce mal sans soigner les esprits et leur blessures, sans soigner le droit à un emploi pour tous, droit que vous avez ôté de la constitution européenne ; comment soignerez-vous la France sans une moralisation du capitalisme ?

JMS

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