Dieu le silence et moi

Samedi 20 août 2011 6 20 /08 /Août /2011 20:41

   Je suis assis, carrefour des aubes grises, là où vacillent des champs d’espoirs anciens. Les petits bonheurs font illusion, les grands bonheurs sont en croise-ailleurs.  Je viens de loin, j’ai fait le voyage intérieur, j’ai fait le compte et le décompte, j’ai l’âme ébréchée, le cœur écorché, l’oiseau qui m’habitait semble cloué à de vieilles nostalgies.

Pour la première fois depuis cent mille ans, pour la première fois depuis que j’ai quitté mes grottes du Hoggar, depuis que mon frère de Tautavel a migré emportant le cri des vents, depuis que j’ai fui la vieille Mésopotamie, pour la première fois, le monde rétrécit.

Moi qui viens de mémoire sapiennes, je vous le dis : le bilan est mauvais.

J’ai peur comme quand il fait nuit et froid.

Comme quand j’ai mal de Toi.

Pourquoi n’existes-Tu pas pour allumer la torche des prières ?

Où as-Tu mis le rêve ?

 

Au décompte de l’espoir, je ne trouve que des enfants qui ont peur, du sang et de la faim.

J’ai peur du crépuscule des rêves et de l’aube grise.

Ils sont là les mange-promesses, les dresseurs de mensonge, les mange-planètes et les démagogues.

 

Assis au carrefour des aubes grises, je voulais croire, mais en matière de promesse tout ne va pas aussi bien que ça. Pourtant, main sur le cœur ils avaient dit :

Le droit au logement, la fin des sans abris, la fin de la faim…

Mais… c’est quand ?

Tout pose problème.

Cela me perturbe.

Les rêves inutiles m’éparpillent, je meurs en utopie et poèmes surannés.

J’arrive trop tard, Sniper vomit sa haine. L’humanisme n’a plus cours.

 

Est-ce la banque-route de l’espoir ?

Devrais-je changer et participer, entrer de plain-pied dans ces temps nouveaux ? 

La question se pose, devrais-je apporter ma pierre aux déréglementations de la conscience ou, de façon plus appropriée, ôter ma pierre du vieil édifice de la solidarité et de l’éthique ?

Au décompte de l’espoir et des enfants qui ont peur, dois-je me demander :

À quoi donc peut servir un homme si l’on ne peut en faire un chômeur ?

Si l’on ne peut le soumettre ?

À quoi donc peut servir un homme si l’on ne peut en faire un esclave du nouvel ordre mondial ?

Dois-je me demander :

À quoi donc de nos jours servirait une conscience si l’on ne pouvait s’asseoir dessus ?

 

Hé oui, les temps sont là mon vieux Shakespeare, la société pose ses lois. Faut-il en être ou ne pas en être ?

Pour m’intégrer, devrais-je surveiller, espionner mes voisins, croire que "La dénociation est un devoir républicain" ? 

Les temps changent et moi-même je change, j’en arrive à me demander : où en est le fichage des bébés ?

 

Au carrefour des aubes grises je deviens raisonnable, je suis de notre temps. Les fichiers de la délation organisée me m’interrogent plus, je rentre dans l’ordre, je déballe des mots bottés, j’écris des marches militaires et des discours anti-écologiques. Pour sûr, j’ai loupé Vichy, mais qu’à cela ne tienne, je suis bon teint, j’adhère aux grands projets : tenez, dès demain, je pars repérer les bébés délinquants !

 

Aujourd’hui, amis de l’aube grise et chers amis con-citoyens, je vous le demande, apportons tous ensemble notre contribution aux nouvelles exigences du projet social. 

Amis bien-pensants, dressons les bébés fortes têtes. Sanctionnons les, passons leur l’uniforme que j’ai spécialement créé pour les bébés hurleurs.

Avec moi, remettez  à l’ordre du jour un de ces bons vieux journaux qui fleurissaient sous Vichy. Non ce journal ne se nommera pas l’Anti-bébé mais :

 

Le Matricule des Langes.

Journal garanti non révolutionnaire

 

Chers amis et con-citoyens, soyez actifs,  soyez de votre temps !

Vous êtes conviés à m’adresser des photos, des noms, des adresses de bébés délinquants.

J’attends !

Je n’habite plus les Promesses de l’aube grise, je consume le noir des heures

J’attends.

Votre dévoué Collaborateur

Âne Fou

 

Uniforme

  

le-matricule-des-langes-centre-2-jpg.jpg

matricule n°1264

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Vendredi 5 août 2011 5 05 /08 /Août /2011 13:13

J’ai le cœur sédentaire et l’âme vagabonde

Quand la nuit déraille, je suis l’enfant du cri

Je viens d’une autre mémoire

Plus grande que l’ici, aussi vaste que l’ailleurs.

 

J’habite le passé de l’absence

Je ne suis que l’odeur d’un regret

L’ombre pâle d’un anonyme

Une feuille d’automne que l’hiver piétine.

 

Te souviens-tu du cri lointain du chèvrefeuille ?

De la déchirure du soir sur l’envolée des hirondelles ?

De l’odeur du désir dans la moiteur des étoiles ?

Du vent à l’arrêt aux déraisons du soleil ?

J’avais un sommeil de sable.

 

Il pleut des mémoires et du feu

Et tant de guerres qui cognent aux vitres

Je cherche un enfant qui me ressemble

Mais tous les enfants me ressemblent

Ils partent un parchemin à la bouche

Un sourire dans la main.

 

Qui donc autre que la mort déchire le parchemin ?

Qui donc autre que les hommes écrasent la main et le sourire ?

 

Il faudrait repeupler le vent

Je me souviens du cri du chèvrefeuille

 

Être homme ne suffisait pas

Il fallait montrer papier, identité

Couleur et carnet de confession

Il fallait partir, pleurer, mourir

Le rêve habitait des vertus polymères

Et des nuits dépeuplées.

 

Quand les hommes meurent

Il fait brouillard partout.

 

Il faudrait tuer les bruits qui courent

Pour tuer la rumeur.

 

Là-bas j’avais une terre

Des bourgeons d’argiles aux toits des maisons.

 

Je me rappelle du nid d’hirondelle

Quand l’oiseau est tombé

Et la vie qui cessait dans une main d’enfant.

 

Le vieil homme avait dit :

Tu auras d’autres raisons de pleurer

La vie ne vaut-elle pas toutes nos larmes ?

 

Quand la nuit déraille, je suis l’enfant du cri

Je viens d’une autre mémoire aussi vaste que l’ailleurs

J’ai visité le miroir

Un cri lointain de chèvrefeuille cache tous les mouroirs du monde

L’ogre de barbarie et le marchand, encore, traverseront la nuit.

 

J’habite le passé de l’absence

Le vent me déplace sur une feuille d’automne

J’ai mangé ma colère et mes regrets

Je cherche un enfant qui me ressemble

Mais tous les enfants me ressemblent

Aucune vengeance, aucune guerre

Ne vaut le temps perdu à ne pas aimer.

 

JMS

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Lundi 4 juillet 2011 1 04 /07 /Juil /2011 16:01

Ma maison d’autre mer est restée in-accostée

Mes rêves encore y naviguent dans une eau de sel

Mes yeux gouttent comme une mémoire de source et de regards perdus

J’ai du sable et des fissures de pierres dans le flot escarpé d’une enfance qui s’enfonce

Je piétine une obscurité de décennies qui grésillent comme des branches de palmier

 

Au matin, mon âme se perd dans de petits jours où les boutons d’or sont en exil

Dans la cadence apatride du cœur, j’arpente l’aigre du destin

Je palpe le cri mort du vent dans l’oued, je ploie les rides tristes d’un regard dépoli

Dompteur de chauves souris et de rêves interdits, j’accoutume l’oubli

 

Mes rêves naviguent encore

Et si le sel se noie, je me souviens la règle sur les doigts et le cri de la craie

Encore je me souviens de la couleur des joies et du partage des rires

 

Avant qu'on ne déterre le verbe partir et le rouge du sang

J’aimais l’ombre et la tanière des mots

J’aimais le vent et les cyprès

 

Loin de ma maison d’autre mer

J’ai vu valser les chrysanthèmes

D’hier à aujourd’hui, j’ai vu courir la vie

Et ceux qui en partent comme l’on divorce d’avec le jour

 

Encore mes rêves naviguent entre la pluie et l’insomnie.

 

Près de ma maison d’autre mer

Le temps trahit l’enfance

Il n’y a pas de retour

L’ivresse des prières déclame la mort

Jusqu’à la fin, il me faudra fissurer la pierre

En extraire des graviers de mémoires

 

Courir, écrire, me taire, sur les moiteurs de l’aube

Courir, écrire, se taire

Ne rien oublier n’efface pas la frontière

 

Je marche sur des cadavres de rêves oblitérés

Les territoires de l’exil enfantent la nostalgie

Mes yeux gouttent comme une mémoire de source et de regards perdus.

 

JMS

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Jeudi 23 juin 2011 4 23 /06 /Juin /2011 23:30

Elle s’approcha

Petite femme fine

Élégante et sobre

Au regard, une tristesse timide.

 

Un livre l’appelait, la happait

L’accrochait comme une ronce à la robe du destin.

Elle était là, face à lui

Captive d’une effrayante fascination, tétanisée.

 

À petit pas, elle oscilla longuement

Entre un livre sur les chats

Et le cri terrible d’un autre livre : "Lettre à mon Alzheimer"

Très longtemps elle sembla flotter entre les deux

Effeuillant le livre en tendresse chats

Puis s’approchant de l’autre.

 

À maintes reprises elle le saisit d’une main tremblante

Le titre de feu la brûlait

Une violence invisible la contraignait

À prendre, à poser puis reprendre ce livre

Une moisson de douleurs s’agitait entre ses mains.

 

Quand enfin elle réussit à entrouvrir les pages

Lèvres serrées, elle parcourut le chemin d’encre  noire

Dans un silence d’enfant perdue dans la maison de l’ogre

Elle traversait l’intensité de chaque mot

En libérant quelques soupirs.

 

Un ralenti du temps la figeait dans un monde ailleurs

Ailleurs mais si proche de moi, si proche de nous

L'intensité du moment laminait toute respiration

Enfin elle me parla…

Parole de crucifiée aux barbelés de l’oubli

Sourire d’enfant perdue au mouroir de la vie

Demande désespérée : Pourquoi oublie-t-on qu’ils sont encore des hommes 

Je posais de maigres mots sur l’insoutenable blessure.

 

La vieille dame à la tristesse timide

S’excusa de ne pouvoir acheter qu’un seul livre

Demanda une dédicace

Puis la foule l’emporta.

 

Depuis sa douleur me côtoie

Depuis je lui parle

Comme elle parle à l’absence.

JMS

 

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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 20:06

Je me connais trop bien, je n'irai pas en Orénoque. Là-bas il y a trop d'amis que je n'ai pas connus, trop d'hommes et de femmes qui travaillent dur, trop dur pour être libres ; et tant d'autres qui ont trop faim pour traverser le jour. Comment pourraient-ils penser à moi ou même penser au ballet des colibris !
Aussi pourquoi irais-je en Orénoque ?
Le nom chante et m'enchante, il habite des globes, des mappemondes, un coin des Amériques, et les rêves de mon enfance*… mais, ai-je eu une enfance ? Il y a si longtemps que j'en suis sorti.

La première fois où je me suis rencontré, je n'avais aucune dent à dresser contre la vie, j'étais un cri, un ventre, une peur blottie dans les bras de ma mère.  J'avais trois mois et un père contre moi. Il dévastait le soleil comme une tendresse violée. Dans l'incendie de ses paroles, il était de feu et de lave brûlante, volcanique comme un orage-colère déchirant le ciel.
Entre le bruit et la tempête, ma mère s'agitait dans le miroir ovale. À ses côtés, un cri : le mien. J'habitais déjà l'incertitude d'être. Je me savais la chose en bout de cri, je m'observais, m'identifiais, m'élaborais un visage sans futur, sans envie. Je me reconnaissais dans le puissant désir de ne pas être là. Déjà je fréquentais l'étrange frayeur que l'on nomme le présent. Ma mère marchait entre le miroir et ses pleurs, déjà je me sentais étranger.

Je me connais trop bien, je n'irai pas en Orénoque. Les moustiques m'y attendent d'ailes fermes et les Warao* se moquent de moi. J'arpente la courbe descendante, je désenchante mes rêves. Il y a si longtemps que je suis sorti de l'enfance.

Depuis que je me suis rencontré, j'ai une dent, trois molaires et ma canine, dressées contre la vie.
Depuis, j'ai aperçu mon père cerné de peurs et de devoirs, l'amour toujours dissimulé entre colère et pudeur. La nuit l'a emporté, il est à jamais parti comme une parole non dite.

Je n'irai pas en Orénoque.
Chaque jour, j'invoque l'époque, la folie du monde et ses blessures.
Chaque jour, j'évoque les présidents dans la danse des billets verts, leurs breloques et les parures inutiles.
Chaque jour, je hurle, je bloque, je débloque, vogue et divague, apostrophe, défroque les dieux équivoques, les prophètes, et les morales univoques.
Chaque jour, je convoque, révoque les dieux Taylor, Marx, Mao, la horde du CAC 40 et les colloques du G20.
Chaque jour, je sais les maîtres du glauque et de la finance qui mènent leurs guerres sous la bannière loufoque de la déréglementation et du libéralisme. Partout, ils soudoient et tuent les peuples par réalisme économique. Chaque jour je vois les multitudes en loques et les enfants sans avenir.
Il y a trop d'amis que je ne connaîtrai pas, trop d'hommes et de femmes qui travaillent dur, trop dur pour être libres, et tant d'autres qui ne traverseront pas le jour.
Chaque jour je sais qu'en Orénoque, comme partout où les élites décident, brutalité et spoliations économiques ne sont pas des crimes.

Je viens du rêve lointain d'un auroch des prairies, je viens d'une larme soliloque et d'un jazz de coton qui rocke et lancine la mort et le blues de tempos en tempêtes éternelles. J'ai traversé leurs guerres inavouées et les festins rauques de la folie. Je viens d'une mémoire baroque où j'ai tant aimé la mort que la vie ne me fait plus peur.
Longtemps que j'ai déchiré le ciel et mes projets de haine. Je veux vivre nu dans un monde d'ambitions disloquées où les assassins du rêve seront châtiés.

Longtemps que je me suis rencontré, mais encore je me cherche.
Je n'ai pas trouvé où Il est.
La quête, la quête comme une longue solitude, Son silence comme une vieille habitude, je vais à ma rencontre.
Je n'habite pas en Orénoque.

*peuple de l'Orénoque
*Au pays de mon enfance, Jules Verne dans "Le superbe Orénoque"- citait le département de l'Orénoque (divisé en trois provinces : Varinas, Guyana, Apure)

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Bibliographie JMS

SANANÈS Jean-Michel 

Éditions Chemins de Plume ©

- Cheval fou  (D'amour et de colère)
- Une étoile dans le sang
- À l’ombre des réverbères (J'ai faim, j’ai froid, j’ai peur)
- Le racisme (comprendre,expliquer, contrer)
- Mémoires des pierres et du vent (Mémoires d’exil)
- Opus 24 (Requiem pour 68) 
- Lettre à l’enfant qui dort (Mémoires d’exil)
- Occident/Accident de conscience
- La diagonale du silence
- Lettre à mon Alzheimer (Le festin de l'araignée)
- De moi à moi
- La couleur des mots jusqu'à la douleur (illustrations Svensson Uno)
- Le manifeste du pélican
- Les confidences de Maxime le Chat 
- Dernières nouvelles de mon chat
- Plus frère que frère
- Mon chien mène l'enquête
- Les confidences de Maxime le chat
- Dernières nouvelles de mon chat
- Derniers délires avant inventaire
Jeunesse
Chats ! Chats ! Chats !
- Loup ! À pas de loup
- Les chats (illustrations Slobodan)
- Dompteur d'étoiles (illustrations Slobodan)
- L'Enfant trèfle (Conte illustré par l'auteur)
- Le Père Noël, l'Ogre et la Licorne (conte illustré par l'auteur)
- Les Wakikinous (le racisme expliqué aux enfants)
- Berger d'arbres

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